De la préservation d’un éco-système naturel à la tendance zéro-déchet, le cuir de carpe

Les produits en cuir sont souvent critiqués pour être une exploitation lucrative des sous-produits de l’élevage industriel. Les alternatives en plastique, dites simili-cuir, sont plus éthiques certes mais pas plus écologiques. La solution réside peut-être alors dans la production d’un cuir à partir de peaux de carpes… Rencontre avec Amarande, maroquinière passionnée et passionnante, qui travaille ce cuir depuis 2015 au cœur de la Dombes.

 

Amarande, après quelques mots de présentation, expliquez-nous d’où vient cette idée du cuir de carpe ?

 

Alors que les aspirations familiales m’ont amené à faire des études de droit en région parisienne puis à travailler quelques années dans le secteur bancaire, mes propres envies ont toujours été tournées vers les métiers manuels. À tel point qu’à la quarantaine, je n’ai pas hésité une seconde à faire une reconversion professionnelle dans ce qui semblait me plaire au plus haut point, la maroquinerie et le cuir. Je suis d’ailleurs à l’origine d’un organisateur de sac, un ensemble de poches de rangement très pratique, pour lequel j’ai déposé un brevet.

 

En 2015, l’APPED, l’association de promotion du poisson des étangs de la Dombes, cherchait de son côté des solutions pour valoriser dans son ensemble la carpe. Il faut savoir que la Dombes est la première région piscicole de France, qu’un bon quart de la production est constitué de carpes et que seuls les filets de celles-ci sont utilisés en cuisine, soit 30 % environ. Le reste est jeté.

 

D’une discussion à une autre, j’ai pris connaissance des enjeux économiques et écologiques autour des étangs de la Dombes et de la nécessité de préserver ces espaces naturels et ce poisson en manque d’image. De là est né le projet du cuir de carpe. Aujourd’hui, je représente un peu le visage de la filière cuir de carpe et je suis labellisée Origin’ain car la fabrication des objets en cuir de carpe est 100 % locale. Mon tanneur est situé au sud de Lyon.

 

Le travail d'Amarande mis en valeur dans un reportage sur France 3

 

Quelles sont les particularités de ce cuir et comment le travaillez-vous ?

 

Le cuir de carpe est un produit très souple par rapport aux cuirs traditionnels. La peau d’une carpe n’étant pas très grande, 40 cm en moyenne, elle est utilisée comme élément principal sur des petits objets ou en complément comme élément de décoration, sur des objets plus grands.

 

Je produis toute une gamme de maroquinerie, des porte-monnaie, des porte-cartes, des porte-foulards, des étuis à lunettes, etc. Souvent, c’est un besoin d’un membre de mon entourage ou de moi-même qui m’amène à tester un nouveau produit. Je fabrique beaucoup à la demande et comme j’utilise plus souvent le cuir de la carpe miroir qui a des écailles irrégulières sur la dorsale, chacun de mes objets est parfaitement unique !

 

Vous avez reçu en novembre dernier le trophée Coup de cœur du concours Artinov de la CMA : qu’est-ce que cela évoque pour vous ? Quels sont vos projets pour l’avenir ?

 

Ce trophée est une vraie reconnaissance de mon travail par mes pairs et je suis aujourd’hui fière du projet que je porte. J’y suis engagée car je sais que mon travail contribue à la réduction des déchets, à l’économie circulaire et plus largement à l’écosystème de la Dombes.

 

En ce moment, je réfléchis à étendre ma collection de sacs à mains. Je souhaite bien sûr me faire connaître plus largement et continuer de voir les sourires d’étonnement sur les touristes qui viennent découvrir le cuir de carpe à l’occasion d’un séjour en Dombes.

 

Propos recueillis en janvier 2020 - agence Un degré cinq

 

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